monsters_monsters_coverCe n’est pas d’hier que Tunnels & Trolls est un jeu de rôle « monster-friendly ». La sympathie de Ken St. Andre pour les monstres l’a même incité à créer, dès 1976, Monsters! Monsters! une version de T&T axée sur les monstres et dans laquelle les rôles traditionnels sont inversés : les « gentils » sont les monstres (orques, vampires, ogres et autres trolls) et les « méchants » sont les espèces humanoïdes telles les humains, les elfes, les hobbits, etc. De quoi choquer J.R.R. Tolkien et Robert E. Howard certainement !

Dans Tunnels & Trolls même, il est tout à fait possible de jouer un « monstre ». Le chapitre des règles consacré aux espèces indique les coefficients applicables à de nombreuses espèces réputées « monstrueuses ». La gamme des aventures n’est pas en reste, avec un solo axé sur les gobelins (Le Lac aux Gobelins), un méga-solo axé sur les trolls et les ogres (Les cavernes de Lan-Faer) et une aventure pour groupe prévue pour des trolls de la jungle (Les jungles-araignées de Boomshartak).

L’histoire même de la Terre des Trolls reflète la philosophie de Ken St. Andre, avec un empire régi par une sorcière mi-elfe, mi-orque et prônant l’égalité entre les espèces ! Il n’est donc pas rare de se faire servir sa bière par un ogre bicéphale dans une taverne de Khazan, et personne ne s’en offusquera.

Dès la première aventure en solitaire écrite pour Tunnels & Trolls (Château Bison, de Rick Loomis), les pistes sont brouillées, puisqu’il est tout à fait possible de tenter de faire ami-ami avec un troll plutôt que de le combattre. Oui, avec T&T, le dialogue interculturel est possible !😉

Bref, autant dire que, dans Tunnels & Trolls, il n’y a pas vraiment de monstres : on préfère raisonner en termes d’alliés et d’adversaires. Le monstre, c’est toujours l’autre ! Tunnels & Trolls baigne donc dans le relativisme culturel, puisque l’idée que les goules ou les harpies se font de la bienséance ne correspond certainement pas au savoir-vivre des elfes🙂 Mais après tout, que dire de ces aventuriers qui n’ont de cesse que de piller et de tuer ? Sont-ils moralement en droit de le faire dès lors que seuls des « monstres » en sont les victimes ? En tout cas, toute cette diversité n’en rend le jeu que plus amusant ! Alors, inventez vos propres monstres, et ne vous arrêtez pas à leurs caractéristiques et à leur potentiel au combat : décrivez leur société, leur culture, leurs valeurs, abordez la question de leurs relations avec d’autres espèces, leur position politico-stratégique dans votre cadre de jeu, qu’il s’agisse de la Terre des Trolls ou d’un univers parallèle, etc. À vous de jouer !

Bouh !